Vision & Intelligence Artificielle

Vous avez un expert de 30 ans d'expérience. Vous lui faites faire des photocopies.

1. Présentation

Je m'appelle Dominique Sodon. Je suis diplômé en finance et j'ai plus de 25 années d'expérience en informatique et en développement de systèmes complexes. Cette double culture — finance et ingénierie logicielle — a profondément structuré ma manière d'aborder les problématiques organisationnelles, stratégiques et humaines.

Depuis plusieurs années, je travaille à la conception de plateformes permettant de réduire structurellement le fossé entre la stratégie décidée et son exécution réelle, en alignant données, décisions et actions opérationnelles. C'est dans ce cadre qu'est née LENSX, une plateforme de pilotage organisationnel augmentée par l'intelligence artificielle.

Certaines de ces réflexions ont été nourries par des échanges avec Jean Calvin IBock, DRH disposant d'une solide expérience RH, dont les observations sur les réalités du terrain m'ont permis de valider et d'illustrer des intuitions que je portais déjà sur les capacités d'objectivation de l'IA appliquées aux enjeux humains.

Par ailleurs, travailler avec Freddy Tchala, expert en stratégie et management, fort d'une longue expérience en tant qu'exécutif d'organisations complexes, a été essentiel pour confronter ces modèles à la réalité du terrain et aux contraintes de l'exécution stratégique.

2. Mon vécu de l'intelligence artificielle

L'intelligence artificielle est aujourd'hui massivement mal comprise.

Pour près de 99 % des utilisateurs, l'IA se résume à un chatbot : on pose une question, on reçoit une réponse plus ou moins bien formulée. Cette vision est réductrice et, à vrai dire, largement dépassée.

Nous sommes déjà entrés dans une ère post-LLM.

Les modèles de langage ne sont plus une finalité, mais un composant cognitif parmi d'autres dans des architectures logicielles beaucoup plus larges. L'enjeu n'est pas de faire "parler" l'IA, mais de lui permettre de raisonner sur des structures, des dépendances, des indicateurs, des trajectoires.

Notre approche repose sur une approche de modélisation propriétaire qui permet à l'IA de raisonner sur l'organisation dans sa globalité — non pas comme une succession de requêtes isolées, mais comme un système cohérent de relations.

Je ne nie pas l'utilité d'outils comme Copilot ou des assistants conversationnels du quotidien — ils apportent une aide réelle pour des tâches ponctuelles. Mais l'IA devient réellement transformative uniquement lorsqu'elle est intégrée au cœur de plateformes logicielles bien conçues, connectées aux données réelles de l'organisation et capables de produire des effets concrets sur la décision et l'action. C'est une différence de nature, pas de degré.

C'est d'ailleurs là que réside le malentendu fondamental sur l'intelligence artificielle.

L'IA générative actuelle est, par construction, un réceptacle d'expérience : elle a été entraînée sur des décennies de connaissances humaines, de cas pratiques, de raisonnements experts dans tous les domaines. Pourtant, l'immense majorité des utilisateurs s'en servent comme d'un simple répertoire de connaissances — un moteur de recherche amélioré.

Pour illustrer l'absurdité de cette situation, imaginez un cadre avec 30 ans d'expérience internationale, ayant piloté des transformations majeures dans des contextes variés. Maintenant, imaginez qu'on lui confie exactement les mêmes attributions qu'à un jeune diplômé de 24 ans, simplement parce qu'ils ont le même intitulé de poste.

C'est précisément ce que nous faisons avec l'IA quand nous nous contentons de lui poser des questions simples et d'attendre des réponses formatées. Nous gaspillons une capacité de raisonnement et de structuration qui pourrait transformer des organisations entières.

3. L'impact dans mon domaine d'activité : organisation, stratégie et RH

Le diagnostic de Jean Calvin IBock

C'est notamment à travers mes échanges avec Jean Calvin IBock que certaines évidences se sont imposées.

Sa lecture du paysage RH m'a permis de mettre des mots sur une réalité largement partagée mais rarement formulée ainsi : la fonction RH reste encore trop souvent enfermée dans une approche essentiellement administrative, sacrifiant son potentiel stratégique réel.

Cette situation n'est pas liée à un manque de compétences des professionnels RH, mais à une lacune structurelle des outils dont ils disposent.

En finance, nous avons depuis longtemps des instruments permettant de mesurer précisément, de comparer des situations hétérogènes, de modéliser des scénarios, d'anticiper des trajectoires. Les RH, en revanche, ont longtemps dû composer avec des indicateurs fragmentés, des évaluations qualitatives difficilement comparables et une faible capacité d'objectivation à grande échelle.

Résultat : des décisions humaines critiques reposent encore trop souvent sur des perceptions isolées, des intuitions locales ou des fichiers Excel disparates.

C'est précisément ici que l'intelligence artificielle change la donne.

Lorsqu'elle est intégrée dans des plateformes cohérentes, l'IA permet enfin d'apporter aux RH ce qui leur manquait structurellement : une capacité d'objectivation massive, cohérente et exploitable, sans réduire la complexité humaine à des simplifications arbitraires.

Cette prise de conscience a été déterminante dans la conception de LENSX : donner aux RH les moyens de jouer pleinement leur rôle stratégique, avec un niveau de précision et de lisibilité comparable à celui dont disposent les fonctions financières depuis des décennies.

4. Une prise de conscience renforcée par l'expérience terrain

Le défi de la modélisation intégrée avec Freddy Tchala

Un autre tournant majeur dans cette réflexion est venu de mon travail avec Freddy Tchala, expert en stratégie et management, fort d'une grande expérience en tant qu'exécutif d'organisations complexes.

Nos échanges ont mis en lumière une réalité souvent sous-estimée : modéliser simultanément la stratégie, l'organisation, les indicateurs et l'activité humaine est un défi d'une complexité extrême.

Cette complexité ne vient pas du manque de données ou de volonté. Elle vient de la fragmentation systémique : les systèmes qui gèrent ces différents aspects sont historiquement cloisonnés. Les ERP promettent l'intégration mais créent des silos rigides. Les PowerPoints laissés par les consultants après leurs missions ne sont pas opérationnels. Les tableaux de bord agrègent des indicateurs sans révéler les liens de causalité. Chaque fonction travaille avec ses propres outils, son propre vocabulaire, sa propre temporalité.

C'était un véritable super-challenge : comment relier dans un même système ce qui n'avait jamais été pensé ensemble ?

La réponse que nous avons construite repose sur une approche architecturale propriétaire qui permet de relier ce que les systèmes traditionnels maintiennent séparé : la stratégie, l'organisation, la performance et le capital humain. Là où il fallait habituellement intégrer laborieusement des outils disparates — avec les coûts, les délais et les pertes d'information que cela implique — notre plateforme offre une vision unifiée et navigable dès le départ.

Cette approche permet quelque chose que les outils traditionnels ne savent pas faire : piloter simultanément plusieurs grandes initiatives stratégiques — transformation digitale, expansion géographique, réorganisation, programme RSE — tout en voyant leur impact croisé sur chaque entité de l'organisation.

Un dirigeant peut enfin voir, dans un même espace, non pas UN projet de transformation, mais son portefeuille stratégique complet : les dépendances entre programmes, les arbitrages possibles, l'impact réel sur la structure et les équipes.

Cette réussite a confirmé une intuition profonde : l'avenir du pilotage organisationnel ne repose ni sur des tableaux de bord isolés, ni sur des plans stratégiques statiques, mais sur des systèmes vivants, où indicateurs, actions, structures et responsabilités sont explicitement reliés et navigables.

5. Opportunités et craintes

Ce que voient les exécutifs

Lorsqu'un dirigeant de haut niveau voit LENSX opérer avec les données de son organisation, une réaction revient systématiquement : l'identification immédiate d'économies considérables.

Ce n'est pas un hasard. Un DG ou un CFO connaît par cœur ce qu'il paie pour obtenir de la clarté stratégique : le temps qu'il faut pour produire un diagnostic organisationnel, la qualité variable des livrables, la dépendance créée à chaque nouvelle phase de réflexion.

Quand il voit une plateforme générer en quelques jours ce qui nécessitait des mois et des budgets conséquents, le calcul se fait tout seul.

L'opportunité majeure de l'IA n'est pas l'automatisation aveugle, mais la clarification et l'autonomie stratégique. Clarification des causes, des effets, des responsabilités et des leviers d'action. Autonomie pour itérer, ajuster, piloter sans dépendre de ressources externes à chaque étape.

Mes craintes

Ma principale crainte n'est pas l'IA elle-même, mais son mauvais usage :

Sans modélisation sérieuse, sans intégration profonde dans des plateformes bien pensées, l'IA restera un gadget conversationnel.

Avec une conception rigoureuse, elle devient au contraire un levier stratégique majeur, capable de transformer durablement la manière dont les organisations se comprennent, se pilotent et évoluent.

6. Conclusion

Nous entrons dans une phase où ceux qui comprendront comment exploiter pleinement les capacités de l'IA — pas comme un chatbot, mais comme un système de raisonnement intégré — prendront un avantage décisif sur ceux qui continueront à l'utiliser comme un simple assistant de recherche.

Le véritable enjeu n'est plus de savoir si l'IA peut "comprendre" une question, mais si elle peut rendre visible ce qui était invisible : les dépendances entre stratégie et exécution, les écarts entre ambition et capacité organisationnelle, les leviers humains réellement actionnables.

C'est dans cet espace — entre complexité humaine, rigueur analytique et exécution stratégique — que se situe l'ambition de LENSX.

La question n'est plus 'faut-il utiliser l'IA ?'. C'est 'êtes-vous prêt à lui confier autre chose que des photocopies ?

Dominique Sodon — Associé Fondateur de BAG
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